Facture impayée en Suisse : ce que dit la loi, et dans quel ordre agir
Un client ne paie pas. Avant de vous énerver, il faut savoir une chose : en droit suisse, tout dépend du moment où le client est mis « en demeure ». Tant qu'il ne l'est pas, la loi ne vous donne droit qu'au montant de la facture : pas d'intérêt moratoire (art. 104 CO), pas de dommages-intérêts pour le retard (art. 103 et 106 CO). Seul ce que vous aviez convenu avec lui peut s'y ajouter, par exemple des frais prévus dans des conditions qu'il a acceptées : ces articles laissent les parties libres d'en convenir autrement. Dès qu'il est en demeure, un intérêt de 5 % par an court automatiquement, sans que vous ayez eu besoin de le prévoir nulle part. Cette page explique la mécanique, article par article, avec le texte des articles clés cité mot pour mot et le lien vers la source officielle. Nous ne sommes pas juristes : nous éditons un outil de facturation, et nous renvoyons au Code des obligations plutôt qu'à notre interprétation.
Mis à jour le
Tout se joue sur un mot : la demeure
En droit suisse, une facture restée impayée ne suffit pas à elle seule : ce qui compte juridiquement, c'est le moment où le client est « en demeure ». C'est ce basculement qui vous ouvre des droits. D'abord l'intérêt moratoire de 5 % l'an (art. 104 CO). Ensuite, si votre dommage dû au retard dépasse cet intérêt, la part qui le dépasse, sauf si le client prouve n'avoir commis aucune faute (art. 106 CO) : l'intérêt s'impute sur ce dommage, il ne s'y ajoute pas. Dans un contrat bilatéral, vous pouvez aussi lui fixer un délai convenable puis, s'il ne s'exécute toujours pas, renoncer à la prestation tardive et demander des dommages-intérêts pour inexécution, ou vous départir du contrat (art. 107 à 109 CO).
L'article 102 du Code des obligations décrit deux façons d'y arriver. Alinéa 1 : « Le débiteur d'une obligation exigible est mis en demeure par l'interpellation du créancier. » Autrement dit, vous le réclamez, et il est en demeure. Alinéa 2 : « Lorsque le jour de l'exécution a été déterminé d'un commun accord [...], le débiteur est mis en demeure par la seule expiration de ce jour. » Là, la date suffit, sans rien envoyer.
Attention au détail que beaucoup de pages oublient : l'alinéa 2 parle d'un jour déterminé D'UN COMMUN ACCORD. Une date d'échéance que vous imprimez seul sur votre facture, sans que le client l'ait acceptée quelque part, ne remplit pas forcément cette condition. Si vos conditions de paiement ont été acceptées — dans un devis signé, un contrat, des conditions générales — vous êtes couvert. Sinon, un simple rappel règle la question : il vaut interpellation, et met en demeure.
En pratique : écrivez toujours une date d'échéance sur vos factures, et faites accepter vos conditions de paiement dès le devis ou le contrat. Elles valent pour ce contrat : l'échéance convenue y fait courir la demeure sans rappel (art. 102 al. 2 CO). Pour les commandes suivantes, rappelez-les dans chaque devis ou confirmation, ou faites accepter une fois des conditions générales prévues pour toutes vos commandes. Dans le doute, un rappel met en demeure (art. 102 al. 1 CO).
L'intérêt moratoire : 5 % par an, sans rien avoir à prévoir
C'est le point le moins connu, et le plus utile. L'article 104 alinéa 1 dit : « Le débiteur qui est en demeure pour le paiement d'une somme d'argent doit l'intérêt moratoire à 5 % l'an, même si un taux inférieur avait été fixé pour l'intérêt conventionnel. »
Vous n'avez rien à convenir, rien à écrire dans des conditions générales, rien à mentionner sur la facture. Dès que le client est en demeure, les 5 % courent. C'est la loi qui les donne.
Deux nuances. Si votre contrat prévoit un taux supérieur à 5 %, c'est ce taux plus élevé qui s'applique (art. 104 al. 2). Et entre commerçants, si le taux d'escompte du lieu de paiement dépasse 5 %, l'intérêt peut être calculé à ce taux (art. 104 al. 3).
Soyons honnêtes sur l'ordre de grandeur : sur une facture de CHF 1'200 payée avec 40 jours de retard, l'intérêt moratoire représente environ CHF 6.60. Ce n'est pas un revenu, c'est un argument. Sa vraie utilité est d'exister : le mentionner dans un rappel change souvent le comportement, bien plus que le montant lui-même.
Les frais de rappel forfaitaires : seulement si le client les a acceptés
Le Code des obligations ne prévoit pas de frais de rappel. Pour un retard de paiement, il prévoit l'intérêt moratoire (art. 104). Il ne fait réparer le dommage dû au retard que si ce dommage, prouvé, dépasse cet intérêt, et seulement pour le surplus (art. 106, qui applique aux dettes d'argent le principe de l'art. 103). Des frais forfaitaires de CHF 20 ou CHF 30 par rappel ne relèvent ni de l'un ni de l'autre.
Vous pouvez en facturer, mais seulement s'ils ont été convenus, dans un contrat ou des conditions générales acceptées par le client. Même convenus, des frais excessifs peuvent être réduits par le juge : la doctrine, probablement dominante selon le Conseil fédéral, applique pour cela l'art. 163 al. 3 CO par analogie. Sans accord, vous ne pouvez réclamer qu'un dommage réel et prouvé, supérieur à l'intérêt moratoire (art. 106 CO), par exemple le port des rappels envoyés une fois le client en demeure. Selon la doctrine dominante, le coût du rappel qui le met en demeure n'en fait en revanche jamais partie. Une ligne forfaitaire « frais de rappel » ajoutée sur une relance, alors que rien n'avait été prévu, n'a donc pas de base légale et sera contestée à raison.
Si vous voulez pouvoir les facturer, la démarche est simple : écrivez un montant raisonnable dans vos conditions de paiement, et faites accepter ces conditions au moment du devis ou du contrat. Pas après.
Dans quel ordre agir
Voici l'enchaînement habituel. Les références légales figurent dans la colonne de droite. La loi ne fixe aucun délai entre les rappels et n'impose aucun rappel avant une poursuite : le rythme, c'est vous qui le choisissez.
| Étape | Quand | Ce que vous pouvez réclamer |
|---|---|---|
| Facture avec date d'échéance | à l'émission | le montant. La date, si elle a été convenue, fera courir la demeure toute seule. |
| Échéance dépassée | dès le lendemain | le montant, plus l'intérêt moratoire de 5 % l'an s'il y a demeure (art. 104 al. 1 CO). |
| Premier rappel | quand vous le décidez : la loi ne fixe aucun délai | le montant et, si le client est déjà en demeure, les intérêts courus. S'il ne l'était pas encore, ce rappel l'y met (art. 102 al. 1 CO). Des frais forfaitaires uniquement s'ils avaient été convenus. |
| Mise en demeure formelle | si le rappel reste sans effet, quand vous le décidez | idem, avec un dernier délai fixé par écrit. Utile comme preuve, pas obligatoire : la loi n'exige aucune mise en demeure de forme particulière avant une poursuite. |
| Réquisition de poursuite | quand vous le décidez — la loi n'exige aucun rappel préalable | le montant, les intérêts, et les frais de poursuite : vous les avancez, ils sont à la charge du débiteur (art. 68 LP). La réquisition se dépose à l'office des poursuites du domicile du débiteur, ou de son siège social s'il s'agit d'une société inscrite au registre du commerce (art. 46 LP). |
Ce que Fele-facture fait, et où s'arrête notre rôle
Fele-facture tient la liste de vos factures payées et impayées : c'est vous qui marquez une facture comme payée. À l'ouverture de l'application, une fois par jour au plus, il vous signale les factures impayées dont l'échéance est atteinte ou passée (30 jours après la date de la facture). Rien ne part automatiquement chez votre client : la relance, un message prêt à envoyer avec la facture en PDF, se prépare d'un geste depuis le téléphone, sans avoir à chercher quelle facture est encore ouverte, et c'est vous qui l'envoyez.
En revanche, nous ne faisons pas de poursuite, nous ne calculons pas automatiquement l'intérêt moratoire, et nous ne rédigeons pas de mise en demeure juridique. Pour une poursuite, l'interlocuteur est l'office des poursuites du domicile du débiteur (art. 46 al. 1 LP). Si votre client est une personne morale ou une société inscrite au registre du commerce (Sàrl, SA, SNC…), c'est l'office de son siège social (art. 46 al. 2 LP). Pour un cas litigieux, adressez-vous à un avocat ou à une assurance de protection juridique.
Et pour être clair sur ce que vaut cette page : nous éditons un logiciel de facturation, pas un cabinet juridique. Les règles de droit citées ici renvoient au texte de loi (Code des obligations, LP), dont le lien figure en bas de page : lisez-le, il est court et il est gratuit. Ce qui relève de la doctrine ou de l'usage, et non de la loi, est signalé comme tel.
Ce qu'en disent les utilisateurs
Au 29 août 2026, cinq personnes avaient noté l'application sur Google Play, toutes avec 5 étoiles (relevé dans la Play Console). Trois ont laissé un commentaire, visible sur la fiche publique, qui n'affiche pas encore de note moyenne. C'est peu, et nous préférons afficher le chiffre réel plutôt qu'une formule : l'application est publiée depuis juillet 2026. Les avis sont repris mot pour mot, fautes comprises.
« simple »
« superbe découverte, aide beaucoup au quotidien et permet un gain de temps considérable ! je recommande »
« Très simple d'utilisation, ça vas me faire gagner énormément de temps. »
Sources
- Code des obligations (RS 220), art. 75, 102 à 109 et 163 — exigibilité, demeure du débiteur et intérêt moratoire — Confédération suisse, Fedlex (consulté le )
- Loi fédérale sur la poursuite pour dettes et la faillite (LP, RS 281.1), art. 38, 46 et 67 à 74 — Confédération suisse, Fedlex (consulté le )
- Encadrement des pratiques des maisons de recouvrement — rapport du Conseil fédéral du 22 mars 2017 (postulat Comte 12.3641), ch. 4.1 — Conseil fédéral (consulté le )
Questions fréquentes
Combien d'intérêts de retard puis-je facturer en Suisse ?+
5 % par an, dès que le client est en demeure. C'est l'article 104 alinéa 1 du Code des obligations, et il s'applique automatiquement : vous n'avez pas besoin de l'avoir convenu ni de l'avoir écrit sur la facture. Si votre contrat prévoit un taux supérieur à 5 %, c'est ce taux qui s'applique. Concrètement, sur CHF 1'200 payés avec 40 jours de retard, cela représente environ CHF 6.60 — c'est un argument plus qu'un revenu.
Dois-je envoyer un rappel avant de facturer des intérêts de retard ?+
Pas si le jour du paiement avait été convenu avec le client : son expiration suffit à le mettre en demeure (art. 102 al. 2 CO). Si rien n'avait été convenu — ou si vous avez seulement imprimé une date sur la facture sans que le client l'accepte —, alors oui : le rappel vaut interpellation et c'est lui qui met en demeure (art. 102 al. 1 CO). Dans le doute, envoyez-le, ça ne coûte rien et ça clarifie la situation.
Puis-je facturer CHF 20 de frais de rappel ?+
Seulement si le client les a acceptés, dans un contrat ou des conditions générales. Même convenus, des frais excessifs pourraient, selon la doctrine probablement dominante, être réduits par le juge. Le Code des obligations ne prévoit pas de frais de rappel. Il prévoit l'intérêt moratoire de 5 % (art. 104 CO) et, si votre dommage réel et prouvé dû au retard le dépasse, la réparation de ce surplus (art. 106 CO). Cela peut être le port des rappels envoyés une fois le client en demeure, mais pas, selon la doctrine dominante, le coût du rappel qui le met en demeure. Des frais forfaitaires ajoutés après coup, sans accord, n'ont pas de base légale. Si vous voulez pouvoir les facturer, écrivez-les dans vos conditions de paiement et faites-les accepter au moment du devis ou du contrat.
Combien de rappels faut-il envoyer avant une poursuite ?+
Aucun. La loi n'impose aucun rappel avant une poursuite, et la LP n'exige pas non plus que le débiteur soit en demeure : elle demande seulement une réquisition qui indique la créance et son titre (art. 67 LP). En pratique, on la dépose quand la créance est exigible et impayée. Envoyer un ou plusieurs rappels avant est un usage commercial, pas une règle. Cet usage a sa raison d'être — il préserve la relation client et règle la plupart des cas sans procédure — mais ce n'est pas une obligation légale.
Quel délai de paiement dois-je indiquer sur ma facture ?+
La loi n'en impose aucun : c'est à vous de le convenir avec le client. Si un délai figure déjà dans le contrat ou le devis accepté, c'est celui-là qui vaut : reprenez-le. Sans terme convenu, et sauf si la nature de l'affaire en implique un, la créance est exigible immédiatement (art. 75 CO). Un délai de 30 jours est fréquent, mais rien ne l'impose. Le point qui compte juridiquement n'est pas la durée mais l'accord : un jour d'échéance convenu avec le client le met en demeure tout seul à son expiration (art. 102 al. 2 CO), alors qu'une date imprimée unilatéralement n'en fait pas forcément autant. Des conditions acceptées au devis valent pour ce contrat. Pour les commandes suivantes, rappelez-les dans chaque devis ou confirmation, ou faites accepter une fois des conditions générales prévues pour toutes vos commandes. Dans le doute, un rappel met en demeure (art. 102 al. 1 CO).
À partir de quand puis-je lancer une poursuite ?+
La loi n'exige ni rappel préalable ni demeure du débiteur : en pratique, on dépose la réquisition quand la créance est exigible et impayée. La procédure s'engage par une réquisition de poursuite qui indique la créance et son titre (art. 67 LP). On la dépose à l'office des poursuites du domicile du débiteur, ou de son siège social s'il s'agit d'une personne morale ou d'une société inscrite au registre du commerce (art. 46 LP). L'office rédige alors le commandement de payer (art. 69 LP). La poursuite ne commence légalement qu'à sa notification (art. 38 al. 2 LP), et le débiteur a dix jours pour former opposition s'il conteste (art. 74 LP). Les frais de poursuite sont avancés par vous et restent à la charge du débiteur (art. 68 LP). C'est la loi fédérale sur la poursuite pour dettes et la faillite (RS 281.1) qui régit tout cela ; le lien figure dans nos sources.
Fele-facture s'occupe-t-il des relances ?+
En partie. L'application tient la liste de vos factures payées et impayées (c'est vous qui marquez une facture comme payée). À l'ouverture, une fois par jour au plus, elle vous signale celles dont l'échéance est atteinte ou passée (30 jours après la date de la facture) ; rien n'est envoyé automatiquement au client. Un bouton prépare la relance, un message avec la facture en PDF, que vous envoyez vous-même. Elle ne calcule pas l'intérêt moratoire, ne rédige pas de mise en demeure et ne fait pas de poursuite — ce n'est pas notre métier, et nous préférons le dire que le laisser croire.
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